Et après?
Coucou c’est moi Nathy, conceptrice du site que vous avez sous
les yeux, ancienne usagère des Activités Communautaires.
Vous vous demandez peut-être comment j’en suis arrivée
là? En effet quel fabuleux chemin parcouru depuis le printemps
2003 où j’ai eu mon premier, et j’espère mon
seul, épisode psychotique…
Revenons à cette période. J’étais alors dans
une période très critique: au chômage depuis un
bon moment malgré mon diplôme d’études commerciales
et dans un climat de perpétuelles tensions à la maison,
je fis une assez importante crise qui m’a amenée à
avoir notamment des hallucinations auditives. Par la suite, je fus confiée
à un médecin qui me parla des Activités Communautaires.
C’est finalement en novembre 2003 que je commençai celles-ci.
J’y fis des connaissances, ce qui m’amena l’envie
de reprendre contact avec mes amis, et de refaire du dessin, ma passion
que j’avais abandonnée après ma crise. Puis je choisis
Ar’Création pour l’atelier fermé, on y développa
un thème très intéressant: «Rêves et
Cauchemars». Il s’agissait d’un travail de partage
avec les autres usagers sur nos songes.
Parallèlement aux AC, l’ORP me proposa de faire un stage
au semestre de motivation Mobilet. Là-bas, j’ai fréquenté
entre autres l’atelier informatique où on m’aida
et m’apprit à réaliser un de mes rêves, faire
mon propre site
internet , ce qui m’a donné, vous vous en doutez, les
compétences pour faire le site sur lequel vous surfez en ce moment
même, hé hé.
Entre temps, d’un commun accord avec le personnel médical,
nous avions décidé qu’il était trop tôt
pour moi de reprendre un apprentissage dans le monde du travail et donc
nous avons fait une demande à l’AI pour faire une formation
dans le cadre d’une de leurs institutions, avant de me relancer.
A peu près à la fin des AC, je concrétisai un autre
de mes rêves que j’avais jamais osé faire auparavant
(par simple timidité @;-). Avec l’aide de quelques amis
talentueux, je réalisai mon propre magazine: «Fantasy».
Actuellement, je suis en voie de recours contre la décision de
l’AI, qui s’est finalement révélée
négative pour faire une formation. Je m’occupe toujours
de mon site et du magazine, mais je vais également de temps en
temps à l’atelier de création l’Eveil.
Et voilà ce sera tout.
Nathy
Quand je suis entré dans les activités
communautaires, ce fut après ma troisième hospitalisation,
et je souffrais alors de solitude. J’ai dû remplir un carnet
de route, dans lequel mon principal objectif était d’avoir
une nouvelle vie sociale. L’art thérapie et plus particulièrement
réaliser des dessins et façonner des objets avec d’autres
usagers m’ont permis de m’imposer socialement, c’est-à-dire
de redevenir quelqu’un dans le groupe ou encore de retrouver une
identité et de m’affirmer socialement. Tout le monde au
sein du groupe dans le premier module «Résonance»
a joué le jeu, ce qui a permis des échanges extraordinaire.
Par la suite, j’ai suivi le groupe fermé, plus précisément
le module vidéo avec François Fleury. J’ai notamment
créé la musique du film «Association d’idées».
Ce travail fut relativement stressant, surtout avant la présentation.
Il a fallu faire plusieurs heures supplémentaires afin de pouvoir
tenir les délais. Mais la possibilité de montrer à
un public ce qui a été réalisé trois mois
durant permet d’arriver quelque part. Aussi en entendant les remarques
des gens sur ce qui a été fait, c’est quelque chose
de vraiment valorisant. Prendre la parole devant un groupe de gens,
surtout lorsqu’on a vécu en marge de la société,
ça vous donne des ailes.
Après cela, j’ai été co-animateur pendant
trois mois et j’ai participé à la réalisation
du film «Révélation». Il y a eu un bon moment
de partage, où nous fûmes plusieurs co-animateurs. Nous
nous revoyons parfois encore lors des événements présentations.
Ce que je retiens surtout de toute mon expérience passée
aux activités communautaires, c’est l’énorme
effort et encouragement des intervenants. A chaque fois que j’y
mettais les pieds, c’était un moment intense et unique.
Les moyens mis à disposition, ainsi que toute cette créativité
ont permis à mon avis d’aboutir aux objectifs fixés
dans le carnet de route. J’en garderai toujours un bon souvenir.
Anonyme
Aux confins de ma solitude, entre hospitalisations
et crises inexpliquées, à la fin de tous ces cycles où,
dégoûté de tant souffrir, j’ai pu me reposer
et rencontrer un groupe qui m’accueillit, je me sens prêt
aujourd’hui à témoigner d’un regain d’amitié
pour de nouveaux compagnons d’un ancien exil.
Tous les vendredis, nous nous retrouvons pour partager un moment de
convivialité autour d’un feu de cœur. Certains disent,
d’autres moins. Tous se soutiennent le temps de quelques instants.
Instants précieux où nous comptons les uns pour les autres.
Je pense que nous apprenons là le sens du partage d’un
brin de vie. Venus de coins divers, d’existences souvent par le
passé débridées, nous les refaisons ensemble, de
regard en regard…
J’ai du plaisir à témoigner de mon amitié
pour un Alain, pour une Nicole, pour un Jean-Marc ou pour une Nathalie
et j’en passe. Nous tissons des liens, et c’est le lien
du cœur qui nous rend fort. Aimer profondément nous apporte
du courage. Etre aimé profondément donne de la force,
disait Lao-Tseu. Il est vrai que l’homme ne peut rester seul.
Si vrai que ce groupe du vendredi m’a rendu l’amitié
d’une poignée de copains, précieuse et lénifiante
pour un cœur qui souffrait, comme trop d’entre nous, de cette
solitude qui isole et gélifie le cœur de trop d’hommes
et de femmes de notre environnement. Je voudrais, en fin de témoignage,
remercier ceux et celles qui s’occupent de nous rassembler et
de nous tenir ensemble au chaud. Présence indispensable pour
l’accueil de l’âme de tant d’entre nous, nous
qui cherchons le regard de l’autre pour le dialogue intérieur…
Anonyme
Une Fenêtre sur l'Atelier
J'ai toujours ressenti une certaine méfiance envers les «groupes»
et associations en tous genres. Ils me paraissaient, avec leurs codes,
agendas et autres buts, suspects. De même, il m'était difficile
d'interagir avec les autres. Du moins c'étaient là mes
sentiments après ma dernière «casse» (pour
utiliser un terme technique); je ne voulais plus rien savoir des «autres»,
des «eux», des «ils», bref, du monde «des
gens». Je me suis enfermé, barricadé chez moi et
les rares sorties que j'effectuais étaient souvent accompagnées
de malaises. Puis on me proposa un groupe – je me suis excusé
à la pause, nerveux, anxieux. Plus tard, un premier atelier –
encore un rendez-vous avec l'angoisse.
Le temps passait, peu ou rien ne changeait quand on me proposa d'intégrer
l'atelier des Activités Communautaires. Oui, j'ai dit, comme
qui va faire son école de recrue. Le jour venu l'angoisse était
au rendez-vous, mais l'ambiance m'était favorable: il y avait
peu de monde, certains discutaient tranquillement, d'autres (je fus
heureux de le constater) s'accommodaient d'un silence et d'une écoute
ou d'une rêverie. Je m'assis, on me présenta au groupe,
et, à ma grande surprise, il n'y avait pas ce fourmillement de
mots et tout le tralala qui accompagnent la vie «active».
Il y avait (bien sûr) de l'activité, mais le rythme me
plaisait, c'était comme quitter une autoroute pour une route
de campagne. A la campagne tout le monde se connaît, se dit bonjour,
il y a ce silence confortable, sans culpabilité, et s'installe
très rapidement et très subtilement une certaine compréhension
mutuelle, collective.
Ce silence confortable fut mon meilleur allié, au début.
Et il faut dire que je n'étais pas le seul à parler peu,
chose qui m'arrangea et me donna plus de confiance. Puis les activités
nous rapprochèrent peu à peu dans une mécanique
qui accepte et invite même un certain degré de disparité
de la sensibilité, la personnalité, l'humeur, de la disposition.
Il y a aussi cette demi-heure au début, dans laquelle règne
à peu près la même ambiance et qui «échauffe
les moteurs» pour ainsi dire.
Je ne vois pas vraiment l'intérêt de m'attarder sur les
différentes activités, hormis le projet final, sinon pour
répéter ce que j'ai esquissé plus haut, à
savoir qu’elles facilitent la compréhension et l'expression,
tout en créant de toutes pièces une micro-communauté
à laquelle, même si mon «intégration»
a pu être un peu difficile, maintenant, je m'accommode mieux,
voire bien. Et, de plus, ceci a une certaine répercution dans
ma manière de fonctionner en société. En ce qui
concerne notre projet, à savoir la découverte du cartier
d'Entrebois, je le trouve parfaitement adapté aux avancées
que j'ai pu faire grâce à l'atelier.
Laurent
Le thème des animaux a été
choisi par le groupe de cette session.
Chaque matin ici, on se posait la question «Qui suis-je comme
animal?». Puis nous les avons dessinés à la peinture,
et nous les avons affichés sur la paroi.
Nous avons fait beaucoup de petits travaux sur les animaux. Nous avons
fait des masques et nous nous sommes identifiés chacun à
un animal.
Les peintures des animaux ont été photographiées
et collées sur le journal de bord.
J’ai eu beaucoup de plaisir à participer, tout au long
de ces 6 mois, aux Activités Communautaires. Cela m’a permis
de voir du monde, de sortir un peu de ma solitude. Et j’espère
garder contact avec l’équipe par la suite.
Régis